Le mangeur, la viande et l’animal : passions et controverses

10 mars 2017

Danielle Duret, consultante en sociologie de l’alimentation, nous rappelle que l’acte de manger n’est pas anodin : satisfaction d’un besoin vital, il est aussi pour l’être humain pensant, l’incorporation symbolique du monde, et construit notre identité sociale. Ces enjeux fondamentaux sont importants à saisir pour comprendre les nouveaux comportements alimentaires.

bovins race à viande

 

Dans notre société moderne, inédite d’abondance alimentaire pour certains et de perte des repères culturels traditionnels, l’anxiété de devoir sélectionner individuellement les « bons » aliments à manger et à penser, laisse le mangeur désemparé.

Une déconnexion progressive avec l’élevage

Les liens millénaires et nécessaires, de proximité et de confiance avec l’élevage, se sont distendus, au nom d’une efficacité productive qui se voulait pourtant positive et porteuse de sécurité alimentaire. La cacophonie des discours sur l’alimentation, tout aussi directifs que changeants, a créé une dérégulation anxiogène de nos certitudes de mangeurs. Enfin, le consommateur moderne, essentiellement urbain, s’interroge désormais sur le statut de l’animal, aliment autrefois si désiré et festif, devenu aujourd’hui un compagnon presque humain de nos solitudes modernes parfois difficiles à porter.

Le cadre est ainsi posé pour une remise en cause paradoxale de la consommation de viande au moment où la société croyait avoir enfin apporté, par la modernisation, une paix alimentaire universelle à l’homo sapiens.

L’acte de manger

C’était oublier l’enjeu depuis les origines, de l’acte de manger : le besoin vital d’apprivoiser cette nature inconnue en construisant un imaginaire rassurant de l’incorporation alimentaire, particulièrement dans le face-à-face avec l’animal, être à la fois si différent et si proche de nous, à la fois source de bienfaits pour le corps et de questionnement pour l’esprit. C’était oublier combien l’acte de manger, dans sa dimension globale de « la fourche à la fourchette », est central pour fonder le lien humain dans toutes les civilisations, et nécessite de ce fait une attention précieuse.

Danielle Duret* analyse l’origine de ces évolutions, nous aide à comprendre les mécanismes qui sont à l’œuvre, les ressentis et les intérêts des uns et des autres, et à appréhender la mesure de ces phénomènes, l’ampleur et la direction qu’ils prendront dans la société de demain, selon nos choix de société. Elle nous propose aussi des pistes pour renouer le lien entre la production et le mangeur. Comment reconnecter celui-ci aux réalités de la production ? Comment mieux comprendre et dire notre relation à l’animal chacun dans notre posture ?Quelles évolutions mettre en œuvre dans nos méthodes de production, d’abattage, de distribution, de communication ? Pour que le mangeur « homnivore » retrouve, dans une relation culturellement et affectivement apaisée, le plaisir de manger les aliments animaux, mis à sa disposition de la meilleure façon possible par nos entreprises, grâce à un dialogue constructif de toutes les parties.

 

*La sociologue Danielle Duret est intervenue devant les adhérents lors de l’assemblée générale de la section bovine de Triskalia, le 8 février dernier.

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